Une journée presque ordinaire

Quart 22h - 1h
Comme tous les soirs, le ciel se couvre. L'obscurité rend les nuages noirs. C'est la pleine lune et l'espace à leur jonction est éclatant de lumière. On dirait une coulée de lave, d'où perce le jaune du magma en fusion entre les morceaux déjà refroidis au contact de l'air. Bientôt 6 jours que nous sommes partis et pour la première fois depuis Mindelo, je m'autorise une heure de pilote et ne barre pas une partie de mon quart de nuit.
Dodo.

Quart 4h - 7h
Le spi est de retour à l'avant du bateau, on avance vite et bien. La houle est plus haute que dans la journée, le vent souffle bien et Estelle fait un peu de sport à la barre. Je prends le relais: les éléments se calment... C'est souvent comme ça avec elle! Avec un nom basque qui veut dire océan, quoi de moins étonnant que de pouvoir canaliser le vent et la mer à notre profit. On devrait la laisser barrer tout le temps, on arriverait plus vite... Moi mon nom, c'est plutôt "fendre une pierre en deux", forcément niveau voile ça aide moins! Je termine mon quart à barrer d'une seule main, assis dans le coin à l'arrière du cockpit. La houle fait tout le travail et guide le bateau, tout droit. Parfois je corrige la trajectoire, pas souvent.

Lose Yourself to Dance des Daft Punk dans les oreilles, grosse pensée pour le Soul Train et mes coupines de la Team Banane: Marlène et Marie. Le tapis de nuages commence à se morceler, on aperçoit du bleu dont le soleil rend les bords éclatants, ça change de tout ce gris. Depuis l'affaire de la frégate, je me retourne de temps en temps histoire de vérifier que l'on n'est pas suivi: au loin, deux gros rayons de lumière verticaux, on se croirait dans Tron. Et puis comme un rituel entre la nuit et le jour (et inversement), la houle se calme pour un temps. Puis revient. Le pont est à Michael, je descend dormir.
Dodo.

Quart 11h - 15h
Le temps est calme, presque un peu trop pour faire de la voile, surtout par vent arrière. Le spi joue avec ce qu'il trouve de vent, on avance péniblement. Estelle prépare une mousse au chocolat, Michael une grosse miche de pain. Dehors à la barre, le soleil monte et écrase tout, brûle tout ce qui passe sous ses rayons. Fin de quart, on abaisse le spi et on rentre la grand-voile. Étonnamment plus aucune voile mais on avance encore à 2 noeuds...
On attache une longue amarre au taquet arrière, on lui fixe deux pare-battage et on jette le tout à l'eau derrière le bateau: la piscine est ouverte, l'eau est à 26°C...
Dodo.

Réveil vers 18h30: en haut tout est calme et les voiles donnent de l'ombre dans le cockpit. Une heure plus tard, on remplit le plateau et on dresse la table en terrasse: foie gras, figues confites, pain aux céréales, viande des grisons, fromage. Ce soir, c'est la fête des terroirs. Un peu en avance, c'est la mi-parcours à laquelle on festoie, et en attendant, c'est à mon anniversaire. Caprice du Cap-Vert, on boit du puntch' cacahuètes, préparé par notre ami du Ponto G à Mindelo, un très recommandable établissement!
En pensant à ma famille dont j'ai reçu des sms sur l'iridium toute la journée, je me rappelle que je promène depuis le début de mon voyage une enveloppe à ouvrir aujourd'hui. Mon oncle et ma tante qui ont bien anticipé la chose, m'avaient écrit une carte d'anniversaire voilà 2 mois. Il est temps de l'ouvrir. Et puis mes équipiers m'ont préparé un petit discours, histoire de marquer le coup et d'affirmer notre amitié. On descend finalement boire une infusion à la menthe et casser la gueule à la mousse au chocolat.
Là, on (re)fait le monde.

Quart 20h - 23h
Premier ciel nocturne sans nuages de la traversée. Juste quelques stratus pour orner la lune qui vire du orange au jaune puis au blanc.
Dodo.

Une journée presque ordinaire

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