Mula trip

Des débuts prometteurs

En quittant Playa Blanca à pieds, on se fait solliciter toutes les 5 minutes par les motards qui passent à notre hauteur. Ces derniers servent de taxi en dehors des grandes villes et ne comprennent pas très bien notre entêtement. Bien décidés à faire du stop, on ne va pas commencer par une course payante tout de même. Et pourtant, vu le soleil qui donne, le peu d'ombre au bord de la route et la quasi absence de véhicules (dans notre sens...), ça n'est pas l'envie qui manque.

Finalement deux motards ont pitié et nous déposent après le pont, avant de bifurquer vers le chemin de terre qui les ramène vers Pasacaballos. Là, ils attendront d'autres gringos à emmener dans ce paradis perdu qu'est Playa Blanca...

Dix minutes d'attente, un gros 4x4 s'arrête et on est subitement surclassés en business: sièges en cuir, climatisation sans retenue. L'américaine qui nous a ramassés vit entre la Colombie et les Etats-Unis et nous fait un petit bout de chemin dans la bonne direction, et autant dans la mauvaise!

L'attente

Nous descendons donc plus près de Carthagène que jamais. C'est un peu frustrant d'avoir reculé mais on a encore toute la motivation du départ à l'aventure. On sait qu'on se dirige vers Medellín, peut-être avec un détour par quelques plages plus au sud au passage, ça dépendra d'où va notre prochain chauffeur.
Mais à partir de là, quoi qu'on fasse, où que l'on se positionne, rien ne fonctionne, rien n'y fait, PERSONNE ne s'arrête. On savait que ça allait être compliqué, les colombiens ayant un passé un peu difficile avec le stop. Les camions s'arrêtaient pour prendre quelqu'un et se retrouvaient braqués voire détruits...

Du coup le stop version "pouce levé", c'est mort. Certains voyageurs rencontrés nous ont bien parlé des péages pour aborder les conducteurs, mais on se fait copieusement rembarrer par l'agent en service dès qu'on s'approche à moins de 20m de l'un d'entre eux. En même temps, je sais que c'est interdit, dans ma jeunesse j'en ai viré de l'auto-stoppeur à mon péage!

La bomba

Et puis le mimi, le rara, le miracle, c'est la bomba. Pas la bomba latina, non (dommage...)! Plutôt la pompe à essence, c'est comme ça qu'ils l'appellent. Parce que les mulas (chauffeurs de poids-lourds) doivent passer par un "puesto de control" pour s'assurer qu'ils vont bien et que le chargement suit bien sa route. Par conséquent, en se postant à une pompe à essence dotée d'un point de contrôle, on démultiplie nos chances de pouvoir leur parler, leur demander où ils vont et leur montrer qu'on est juste deux gentils oursons qui veulent aller à Medellín. Oui, là il est 19h, on a atteint la bomba de nuit et on a décidé que ça serait direct Medellín!

On trouve finalement un chauffeur qui accepte. Il nous dit qu'il va s'arrêter dormir à la prochaine bomba, qu'il ne peut pas nous prendre avec lui parce qu'il ne peut pas arriver là-bas avec des passagers mais que si on l'y rejoint demain matin sur les coups de 5h, il nous emmène. L'affaire est faite! Renseignements pris, la prochaine bomba est à 3km, ça va être vite torché même si on en a plein les pattes.
Mais voilà, toujours vérifier l'information, plusieurs fois... Trois kilomètres se transforment plutôt en six! Bref, j'la fais courte, on n'est pas morts sur la route écrasés par un camion, on arrive à la prochaine bomba.

A ce moment-là, mon esprit est à peu près dans cet état-là (vous connaissez la chanson):

Promenons-nous dans les bois,
Allons jusqu'à la prochaine bomba,
La mula y s'ra,
Elle nous emmènera,
Mais comme elle n'y est pas,
Elle nous emmènera pas...

Parce que oui, le gars, il est pas là!

On se cale (légèrement) épuisés à une table du restaurant, on mange comme des ogres et on attaque la conversation avec la tenancière du lieu, bientôt rejoints par la tenancière du motel attenant. Résultat des courses, on mange gratuitement et on peut dormir dans la chambre de service gracieusement mise à notre disposition.

Tout ça en grande partie dû à mon sourire qui tape dans l’œil de notre hôte. Y'a pas de secret, le charme, on l'a ou on l'a pas... Et en prime on gagne une médaille et une carte de la Virgen del Carmen: la patronne des transporteurs routiers.

Re-belotte

On s'endort quelques heures. Réveil vers 4h30, histoire de vérifier que le gars il est bien pas là.

Et on repart à la chasse à la mule, entre le puesto de control et la vendeuse de cafés / arepas con huevos. Moins d'une heure plus tard, on embarque avec Duban pour 1 jour et demi de voyage. On lui paie le petit déjeuner, c'est le moins que l'on puisse faire et on laisse le paysage défiler au rythme tranquille de ce petit camion qui transporte de l'huile moteur.

Voyage

La campagne est jolie, verte et changeante au fur et à mesure. Il faut dire que l'on part du niveau de la mer et que Medellín est à 1500m d'altitude. La route monte jusqu'à 2690m.

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Sur la route:

  • À chaque ralentissement, chaque péage, ou juste le long de la route une ribambelle de vendeurs, principalement de fruits. Le plus remarquable, c'est que chaque région a son fruit. On ne voit jamais deux fois le même: début de l'initiation aux noms de tous ces mets inconnus.
  • Puerto Valdivia est un village tout en longueur. Entre la rivière en contrebas et la falaise, une rangée de maison de chaque côté de la route. Ici, les habitants n'ont rien si ce n'est des sources qui jaillissent de la montagne en nombre. Alors ils captent l'eau et s'en servent pour laver les véhicules qui passent le long de la route.
  • Valdivia, village-étape pour nous. Repos dans un petit hospedaje familial, dîner et jus de fruis frais. Royal!
  • Le lever de soleil, au-dessus de nuages.

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Au petit matin, on attaque la dernière ligne droite: la descente vers Medellín. Duban nous dépose finalement près du métrocable, on patiente un peu pour saluer sa maman avant de nous diriger à pieds vers le centre ville.

Mula trip

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