Remedios

Nous arrivons à Remedios en milieu de matinée, préférant assurer nos arrières et prendre nos marques. Prendre nos marques, parce que la fête promet d'être animée, tous les gens que nous croisons depuis deux jours nous le disent. Assurer nos arrières, parce que dans ce genre d'évènements, les cubains n'hésitent pas à pratiquer le surbooking dans les casas particulares et premier arrivé: premier servi. En fin de compte, nous ne sommes pas les premiers et ceux arrivés le 23 ont déjà rempli les chambres de la casa. Cela était prévu par la propriétaire et nous remontons tous dans le taxi en direction d'une autre maison, un peu à l'écart de l'agitation, une casa illégale. Renseignement pris, en ces temps de fêtes tout le village est plus ou moins sous-loué et il n'y a de risque ni pour nous ni, surtout, pour la propriétaire.

Logement familial dans quartier populaire

Noemy vit ici avec ses deux plus jeunes enfants, Paula adolescente et Martí, de l'âge de Louis. Elle nous cède sa maison et ira occuper la chambre libre chez sa mère durant notre séjour. Une seule pièce, toute en longueur. Trois lits, une armoire, quelques étagères. Un drap fait office de cloison et offre un peu d'intimité sur la rue tout en séparant cet espace du "salon", garni de deux rocking-chairs et d'une télévision. Un petit sapin en plastique et sa guirlande rappellent que malgré les 30°C qu'affiche le mercure, c'est noël. Dans le fond, la cuisine, la salle de bain puis un petit espace à ciel ouvert. L'appeler jardin serait exagéré mais on y stocke les bidons d'eau douce et on y étend le linge sur des fils de métal tendus.
Quand on a en tête le tarif mentionné au téléphone par la propriétaire de la casa, ça dénote. On est loin des maisons coloniales auxquelles nous avons été habitués. Ajoutons à cela le fait que le village multiplie sa population par un nombre inconnu mais élevé et qu'il en résulte que l'eau vient à manquer, vraiment: plus rien au robinet... Les douches redeviennent froides et à la louche, les toilettes se remplissent au compte-gouttes. Comme il n'y a jamais de problème à Cuba, l'affaire du prix sera arrangée, ça n'est qu'un détail.
Ma recommandation pour loger à Remedios à noël: ne rien réserver et arriver le 23 la bouche-en-cœur.

Remedios

Tout le village est à pied d'œuvre pour que la fête batte son plein ce soir: ça branche, raccorde, soude, emboîte, déboîte et remboîte de tous côtés. L'envers du décor, l'arrière de l'un des murs et son réseau électrique organisé.

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Assemblage d'un char

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Les tas de gobelets (payants mais réutilisables) attendent sagement près des citernes de bières. Non, je ne me trompe pas de mot: citernes! Si ce soir les pompiers auront de quoi éteindre les feux, Remedios aura de quoi les allumer.

Avec quelques (dizaines de) milliers d'âmes seulement, Remedios n'est pas bien grande. Elle accueille cependant chaque année beaucoup de monde le 24 décembre au soir pour ses célèbres parandas qui voient s'affronter deux quartiers de la ville dans un match de défilé de chars lumineux, de murs de lumière et surtout de batailles de feux d'artifices...
À la fin de notre tour de ville, nous achetons trois grands chapeaux tressés, éléments indispensables: ce soir il va pleuvoir des étoiles filantes.

Ambiance festive

Après une bonne sieste, direction la casa-mère pour le traditionnel dîner de noël. Ici à Cuba, c'est cochon grillé pour les fêtes. Pas mal de francophones à table, pas de cubains sauf au service, on mange bien mais les tablées s'enchaînent.
Retour dans la rue, un des murs décompte l'heure jusqu'à 21h, heure de début des festivités. Beaucoup de stands, à manger, à boire, à offrir.
A manger, on trouve du cochon rôti, bien entendu. Entier sur le stand, découpé à la demande et fourré dans du pain.

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Pas avares sur la sauce ni sur le cochon: une valeur sûre. Sinon on trouve des sandwiches, plus classiques, jambon ou saucisse. Certains sont cuits/pressés façon paninis passés sous un 35 tonnes... Au niveau des douceurs, on trouve des churros et du popcorn (salé). Et puis incontournable de la soirée, l'esquimau! À 0,2$ c'est une valeur sûre et très prisée. Les vendeurs puisent à même de grands congélateurs-coffres remplis à ras-bord d'esquimaux très consciencieusement empilés pour ne pas perdre un cm d'espace. Des stands de bonbons aussi, pour les jeunes et les moins jeunes.
À boire, on trouve de la bière, l'incontournable Cristal produite sur l'île. Et puis les sodas locaux: cola et limonade. Moins chère mais très aqueuse, la bière en citerne.
À offrir, surtout des jouets pour les enfants. Là, j'imagine une des conséquences de l'embargo, des jouets très peu chers en plastique produits localement à partir du plastique recyclé d'objets plastiques déjà recyclés. C'est l'impression que ça donne en tout cas, que les couleurs pastelles sont déjà passées, avant même le jouet acheté. Comme si 58 noëls recyclés étaient rassemblés dans ces objets.

Bataille!

De temps à autre, la foule s'écarte et laisse passer des hommes qui deux-à-deux transportent au pas de course de lourds tréteaux de bois surmontés de petites fusées. Sans que l'on ne s'en rende vraiment compte, au milieu du brouhaha, la place se garnit de deux rangées: les généraux placent leurs troupes.
20h15, sans crier gare une première salve de fusées s'élève depuis l'autre côté de la place et crépite au-dessus des arbres. À peine terminée, un mouvement de recul de la foule près de nous, pas le temps de réaliser, une autre salve. Cette fois, elle est de ce côté-ci de la place, à moins de 15m.
Version raccourcie du "je vois défiler toute ma vie devant moi": je vois défiler tous les avertissements qui nous ont été faits par les locaux ces derniers jours, je revois les chapeaux de paille sur leurs étals, je visse le mien sur ma tête. Les fusées partent en majorité à la verticale mais pas toutes. Certaines perdent un peu leur direction céleste et prennent la tangente. Après avoir heurté le mur auquel nous sommes adossés (pas l'idée du siècle), l'une d'elle retombe sur moi, inerte. Bernard reçoit sur son galurin une scorie qui attaque un peu la paille.

Certains ramassent les fusées en bon état comme des souvenirs. D'autres s'affairent à lancer celles qui ont manqué le départ.
Déjà, le sol commence à se recouvrir des restes de bois et de bambou de ces projectiles (très) artisanaux.

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Un peu avant 21h, on s'attend à ce que la foule s'enflamme, s'exclame et déclame les dernières secondes qui s'égrènent au compteur. Que nenni, 00:00:00 passe, se réinitialise et reprend au début: plus que 3 heures à attendre... Personne ne s'émeut.
C'est qu'en coulisses, on s'affaire encore, on soude encore, un des murs n'a toujours pas son diadème. La faute apparemment à la grue que se partagent les deux quartiers pour hisser à près de 30m cet élément le plus haut comme l'étoile sur le sapin.

Enfin, le premier mur s'illumine. Petit à petit, des portions encore noires prennent vie et s'animent, réglées comme du papier à musique par un système antédiluvien mais qui fait bien le boulot. Évidemment, ça rend pas terrible en photo...

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Pour chauffer l'ambiance, les orchestres des quartiers accompagnés de leurs banderoles respectives parcourent la foule en bons supporters et rallient derrière eux ce que l'on a coutume de nommer en France une chenille. "Pose tes deux pieds en canard" dit le poète.
On attendra quasiment en vain l'autre mur, qui fera un essai tardif et incomplet et dont l'étoile ne sera jamais montée.
Alors finalement, des tirs de mortier s'élancent des flancs de l'église. Au moins eux, ils partent haut dans le ciel! Mais n'est pas artificier qui veut, et la charge de certains, un peu légère, ne les propulse pas suffisamment haut. Quand la gerbe explose, les têtes chapeautées sont encore à portée...

Rentrés nous coucher, nous ne verrons pas le seul char qui a finalement été terminé à "temps", l'autre nécessitant encore trop de travail. Ils seront pourtant restés jusqu'à très tard pour essayer en vain de mettre sur pied leur création.

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L'ouvrage était trop important, l'acharnement n'aura pas suffi malgré l'imposant tas de sciure près de l'établi.

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En fin de soirée, les mortiers vides jonchent le sol.

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25 décembre - Joyeux noël!

Au pied du sapin, le père noël n'a quasiment déposé qu'à manger. Voyage oblige, je ne voulais pas me charger et avais passé ma commande en ce sens. Au menu du père noël de France, de la confiture poire-vanille, des flûteaux de la Comtesse, un foie gras (coin-coin), de la confiture d'oignons, du Sauternes.
Du père-noël haïtien, une tablette pistach (en fait de la cacahouète...), des chips de lam veritab et du bonbon sirop (du pain d'épices...).

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Retour en BelAir

Le retour vers Santa Clara se fait en BelAir, une demi-heure d'une route presque toute droite. De là, nous partons vers Cienfuegos, à la recherche d'un peu d'eau salée pour barboter.

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Dans celle-ci tout est à peu près original, l'autoradio a cependant été changé et l'allume-cigare alimente un lecteur dvd au plafond...

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Remedios

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