Mon royaume pour un peu d'ombre...

Petite accalmie venteuse, Michael décide d'aller coller du scotch sur les ridoirs des galhaubans; je l'assure avec la drisse de foc. Une fois le première bande posée, grosse vague, il vole au milieu du gréement comme Peter Pan échappant à Crochet. Le rouleau de scotch se retrouve sur le pont, sa casquette à l'eau! Il se rétablit, redescend, je lui tend le scotch pour qu'il remonte finir le boulot et voilà pas encore une discussion improbable au milieu de l'océan:
- non, on va chercher la casquette.
- Quoi?

Instant de flottement, mais c'est qu'il est sérieux le bougre! Il est déjà dans le cockpit à hurler tout seul "paré à virer" tandis que je suis encore à l'avant en train de détacher ma sécurité. Il fait trop chaud, je voudrais juste aller me mettre à l'ombre de l'arbre un peu plus loin. Que nenni, on vire. Le temps de localiser la casquette, elle est à notre hauteur. On vire à nouveau. J'ai monté la gaffe, un coup sec dans l'eau, le capitaine a le sourire, je m'effondre sur le roof.

Plus tard, je termine le point de la mi-journée, il est midi à Londres, le frein de la canne à pêche craque, c'est plus mou qu'il y a deux jours, rien à voir même. A chaque mètre de fil qui rentre dans l'eau, c'est autant de frottements supplémentaires qu'il ajoute à la charge qu'il doit tracter, il se fatigue tout seul et de plus en plus vite. Alors on le laisse partir, tranquille et on en profite pour ralentir le bateau. Au bout de 200m de fil, on sent bien qu'il se noie, on lui met un coup de frein et on mouline. C'est presque trop facile, il ne lutte pas, à tel point que je crois qu'on l'a perdu. Finalement, à 50m du bateau, on aperçoit comme une planche jaune qui surfe à la surface de l'eau. Mais qu'est-ce qu'on a attrapé? C'est en fait notre ami qui n'en peut plus et se laisse traîner sur le flanc. Arrivé à la jupe arrière, on constate qu'enfin, on va manger de la daurade coryphène! *\o/*

Le temps de la vider (une première pour moi), on lui coupe la queue pour qu'elle ait la longueur réglementaire pour entrer dans le four. Quelques heures plus tard, on se régale, le premier poisson blanc du voyage, des arêtes visibles à 500m, que du bonheur pour moi qui suis désormais en grève de poissons-volants: plutôt du thon en boite que ça.

Dernière nouvelle du jour, on va franchir le premier quart du parcours dans la nuit. On file, vite et bien.

Mon royaume pour un peu d'ombre...

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