Trajet Colombie-Panamá : quand la route n'existe pas...

Le bouchon du Darién, c'est une zone de marais et de forêt située à la frontière entre la Colombie et le Panamá. C'est là qu'a lieu la seule interruption de la route panaméricaine, sur à peu près 100km à vol d'oiseau.
Autrement dit, aucun véhicule ne passe. Il faut donc y aller à l'ancienne si on a le temps, ou survoler si on est pressé...

Pour cette partie du trajet, j'avais puisé la majorité des informations dans cet article en espagnol et dans les pages de wikitravel qui sont à peu près exactes , et .

La voie de la feignasse, du pressé et de l'économe

En premier lieu, notons l'apparition depuis l'écriture de l'article ci-dessus de VivaColombia, compagnie low-cost colombienne qui propose des vols entre Medellín et Ciudad de Panamá à 61€ (6kg de bagages...), à peine plus cher depuis Bogotá.

Mais comme les sauts de sept lieues n'intéressent pas forcément les aventuriers qui veulent boire de l'eau salée, voir des (vraiment) petits indiens ou patienter des heures parce que les colombiens ont une notion bien spécifique de l'heure, regardons un peu les autres options.

Sea, Sex, Sun, Alcool & Rock'n Roll

J'exagère un peu, ça n'est pas forcément la débauche sur ces voiliers qui font la navette entre El Porvenir/Carti/Portobello au Panamá et Cartagena de Indias en Colombie. Pour la modique somme de 500$ à 700$, ce sont 5 jours de rêves qui s'offrent à vous à naviguer entre les îles inhabitées de l'archipel des San Blas et celles peuplées par les autochtones de la tribu Kuna Yala. En fait, ce seront seulement 3 jours de rêve et selon l'humeur de la mer des caraïbes, 30 à 40 heures de traversée jusqu'à Cartagena de Indias. En ce qui me concerne, je suis trop vieux pour ces conneries.

La voie des vrais, la seule, l'unique, la voie de la jungle

Autant dire que celle-là, il n'y a pas trop de statistiques ni de guide clef en main dessus. Elle consiste à parcourir le Darién à pieds... Détail important à noter, il se pourrait bien que ça ne soit pas une vilaine araignée qui vous tue pendant cette petite randonnée mais les FARCs ou les narco-trafiquants qui pullulent dans le coin. À bon entendeur.

C'est l'histoire de l'homme qui prend la mer

Mais pas trop...

Le 24 octobre, démarre un service de ferry entre la Colombie et le Panama, géré par Ferry Xpress à 99$US l'aller simple sans cabine pour un voyage de 18h.

A l'ancienne le Gaston

Et puis il y a la lancha, sorte de grande barque à moteur qui vous permet de remonter le long de la côte Caraïbe en longeant la province du Darién. De Medellín, on part tout d'abord en bus (toutes les heures et demi) du Terminal del Norte pour 60 000 COP. Un départ vers 19h30/20h permet d'arriver à Turbo un peu avant 6h le lendemain matin. Je peine à trouver le sommeil, la tête encore un peu à Medellín. Les phares du bus éclairent la route et mettent en évidence les nombreux trous qui la composent, on ferait ici un excellent tape-taupe géant!

De là, on attend l'ouverture (ponctuelle!) du bureau de vente de tickets (~60 000 COP) à 6h. Et si la lancha ne part pas avant 8h30, le billet doit être acheté avant 7h...

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Horaires colombiens

Ensuite on attend la lancha, qui arrive quand elle veut. Et bonne pioche pour nous, nous partons à 10h! :-D
Les bagages sont pesés, on paie le surpoids au-dessus de 10kgs. On embarque. On attends. On regarde les autres monter à bord. On attends. On met son gilet de sauvetage. On attends. On regarde les autres essayer de faire tenir 5 personnes par rang ce qui est parfois difficile compte-tenu de certains séants...

Une fois quitté le port, la lancha passe rapidement à un point de contrôle policier. Il s’avère qu’entre temps le capitaine s’est rendu compte qu’un des moteurs ne fonctionne pas! Demi-tour pour changer d'embarcation. Après un transbordement dans les règles de l'art, la bonne surprise est que nous sommes à bord d’une lancha 6 places. Chacun se réjouit de l’espace supplémentaire à sa disposition. La carène est aussi différente. Le mur d’eau latéral à pleine puissance qui obstruait la vue sur l'autre lancha disparaît et laisse la place au paysage qui défile. Fatigué, je m’endors pour les 3 heures que durera le voyage, me réveillant d’un œil aux arrêts intermédiaires aux noms évocateurs: San Francisco, Aguacate...

Isolés au milieu de la jungle, les seuls bruits de moteur sont ceux des bateaux

À l'arrivée, je ne me sens pas vraiment inspiré par Capurganá alors je vais me reposer une heure sur la plage et part à l'assaut de la "montagne" pour rejoindre Sapzurro, le véritable dernier village avant la frontière. La vue de là-haut sur les deux villages est magnifique.

Capurganá

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Sapzurro

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J'y passerai 4 jours, sans Internet, avec un seul restaurant pour tous les repas: Restaurante Doña Triny où Anna prépare poisson-riz-patacones-tomates-oignons pour 15 000 COP (varie selon poisson).

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Au hasard d'une ballade au Cabo Tiburón, je découvrirai Donde el peruano et ferai un excellent dîner d'une soupe, d'un ceviche et d'un dessert accompagné d'un pichet de jus de fruit frais de piña pour 25 000 COP.

On peut également se rendre dans le hameau de La Miel et profiter de la plage. Ne pas oublier son passeport, La Miel est en territoire panaméen!

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Le temps passe si vite ici, les pesos colombiens diminuent et il faut bien calculer pour en garder pour la dernière lancha colombienne, celle qui conduit au Panama.

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Maintenant commence l'aventure!

Les formalités de sortie de Colombie se font à Capurganá. Pas la peine d'arriver trop tôt le matin, pas d'électricité, pas de tampon. Faites-le plutôt la veille si vous êtes à Capurganá ou priez pour qu'il y ait assez de monde qui arrive de Turbo à midi et veuille aller directement aller au Panamá. A noter que le dimanche, les fonctionnaires sont en réunion toute la matinée et font donc une session groupée de délivrance des tampons de sortie...

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C'est un saut de puce entre Capurganá et Puerto Obaldia, le premier village panaméen: 30 minutes à peine en lancha. Là, pas de rayons X pour les bagages, on déballe toutes ses affaires sur une grande table. Après inspection, direction l'immigration, qui est fermée pour cause que c'est dimanche (sans doute une réunion aussi). Le bureau ouvrira plus tard juste pour nous dire de revenir le lendemain 9h.

Et là stupeur et tremblements

Le premier hôtel dans lequel je me rends est complet, mes deux compagnons de voyage (un colombien et un vénézuélien) ont pris la dernière chambre disponible. Oulala, où je vais dormir moi? Il parait qu'il y a un second hôtel dans le village, la chasse à la chambre commence!

Il n'en restait plus qu'une, ouf.

Rencontre du (troisième) type

Mais comment me demanderez-vous, un endroit où l'on ne fait que passer et où la lancha du jour a déposé 4 personnes peut voir ses deux hôtels afficher complet? Merci d'avoir posé la question.

Il y a en effet un autre service de lancha qui dessert directement Puerto Obaldia depuis les abords de Turbo, illégal celui-là. Il concerne le transport de cubains. Parce que de plus en plus de cubains, je vais le découvrir, entreprennent un long voyage.

Le lendemain matin 9h pétantes, alors que je patiente devant le bureau de l'immigration, le contact se crée avec Jean-Jacques (le prénom a été modifié...), la cinquantaine. Depuis la veille, je les voyais bien, ces groupes d'hommes et de femmes, déambuler dans le village, certains semblant hanter le lieu depuis un bon moment, d'autres quasiment comme des touristes qui sortent de la salle de bain et sentent bon le gel douche. Et là pendant trois quarts d'heure il me raconte la vie des cubains, sa vie, et pourquoi aujourd'hui il fuit.

Là, en plein soleil, me tombe sur le coin du nez la réalité de Cuba, la sienne en tout cas.

De Cuba, deux routes, vers des pays qui ne demandent pas de visas. Si j'ai bien saisi, les plus aisés se dirigent vers l'Equateur, y restent parfois un peu travailler et économiser de l'argent avant de remonteer vers la Colombie puis le Panama. Les autres, partent vers la Guyane (pas la française, l'autre) sans trop de possibilité de travailler et se dirigent vers le Colombie puis le Panama en passant par le Venezuela. Et tout le monde se retrouve à Puerto Obaldia, certains à l'hôtel, les autres dormant dehors. Parce qu'il faut économiser, pas question de rentrer au Panama sans montrer 500$US cash!

Ensuite, la grande majorité continuera ce trop long voyage jusqu'à franchir la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. Une fois là-bas, tout est gagné puisqu'il existe une loi protégeant les citoyens cubains atteignant le sol américain, leur permettant d'obtenir une carte de séjour permanent.

À dire vrai, je n'avais jamais réfléchi à ce que pouvait être cette dictature des temps anciens et pensais qu'avec l'arrivée de Raúl au pouvoir, tout allait plutôt mieux. S'il apparaît que certaines lois ont quelque peu changé la donne, tout semble irrémédiablement figé dans le passé, voire plutôt en train de sombrer un peu plus chaque jour.

Au lieu de 8h de lancha (dont on ne sait pas vraiment si elle partira le jour-même) à travers les San Blas et 2/3h de jeep, je quitte Puerto Obaldia avec l'avion d'Air Panama et 6 de ces cubains à bord. Jean-Jacques quittera Puerto Obaldia quelques jours plus tard.

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Y a-t-il un copilote dans l'avion? Le pilote ne répond plus...

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Survol du canal pendant le virage d'approche de l'aéroport.

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L’atterrissage à Ciudad de Panamá est étrange, un peu surréel. La semaine qui a suivi cette rencontre, je l'ai passée à effleurer la surface de la réalité de Cuba au travers notamment des blogs de ceux qui l'ont quitté, ceux qui la racontent et ceux qui la photographient (voir aussi son compte twitter).

La volonté de quitter Cuba est tellement grande que certains ont même récemment construit (une première dans le genre) une embarcation à voile pourvue d'un vieux moteur Lada pour atteindre les États-Unis. Voir les deux vidéos dans cet article.

Cuba, je dois m'y rendre passer les fêtes de fin d'année avec ma petite sœur qui travaille en ce moment pour Handicap International en Haïti. Cette rencontre avec Jean-Jacques va changer la manière dont je vais aborder ces 3 semaines sur l'île, en espérant ramener de bonnes nouvelles de là-bas.

Trajet Colombie-Panamá : quand la route n'existe pas...

2 réflexions au sujet de « Trajet Colombie-Panamá : quand la route n'existe pas... »

  1. ysabel charline dit :

    expérience superbe je compte en faire de même j'ai cependant une petite question est ce que les autorité panaméenne t'on demander quelque chose a la frontière ? (cash minimum sur toi ect) pour te tamponner le visa d'entré

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